Taylor Holland, l’art de l’expérimentation de l’art

By jac_TN2018 on 26 avril 2018 in blog
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Au départ lancé dans des études en école de journalisme, Taylor Holland affirme très vite son goût pour la création, et consacre 15 années au graphisme et à la direction artistique. Avide de créer, il prend ensuite un léger virage vers la photographie et les arts visuels qui nourrissent désormais son quotidien. Jonglant entre ses projets artistiques et les cours qu’il dispense au Paris College of Art, les explorations artistiques de Taylor Holland oscillent entre domaines technologiques et réalité physique. Artiste multi-facettes et autodidacte, cet américain installé à Paris, manipule aussi bien la sculpture, que la peinture, la photographie, ou encore la vidéo.

Une des pièces de son projet FRA[MES] (German Neo-Rococo Naturalistic Style) est présentée à l’exposition Ecritures Numériques dans le cadre de la sixième Biennale des cultures et émergences numériques Transnumériques au Musée L de Louvain-la-Neuve.

Galeries mobiles

Si la plupart des individus semble totalement désintéressés du design qui décore les façades des bus de tourisme qu’ils côtoient chaque jour dans les rues parisiennes, Taylor Holland a eu la merveilleuse idée de leur rendre hommage. Fasciné par un bus au motif arc-en-ciel qui le doublait un jour de mars 2011, cette source de contemplation visuelle n’a jamais cessé de l’inspirer. A travers une série dont on ne compte plus le nombre de clichés, il s’est pris au jeu de les mettre en valeur, arpentant les rues de la capitale à vélo, objectif à bout de bras.

En capturant les graphismes amusants et colorés qui ornent ces bus, ceux-ci prennent alors une toute autre allure, et l’on y décèle une certaine abstraction, des lignes de perspectives et typographies dignes des plus grandes fresques. Ce qui a saisi l’artiste, c’est la grande liberté qu’ont la chance de pouvoir se donner leurs auteurs. Et l’on ne peut que se demander quel(s) message(s) ces compagnies de bus ont-elles souhaité faire passer ?

En tant qu’artiste, je m’interroge sur les designers qui ont créé les dessins sur les carrosseries de ces bus. Je voudrais en savoir plus sur eux. Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Mais surtout: pourquoi ils ont décidé de faire ce dessin-la ? On dirait qu’il n’y aucune règle visuelle pour cette forme d’art… (Taylor Holland, le photographe qui court après les bus les plus kitschs de Paris – Lauren Provost pour le Huffingtonpost)

Des galeries d’exposition roulantes, en quelque sorte, sur lesquelles l’artiste confie qu’il espère un jour être invité à s’exprimer à coups de pinceau. Une collection de clichés qui s’exporte au delà du périphérique parisien, puisque l’obsession de Taylor Holland l’a suivi jusqu’en Thaïlande ou encore au Mexique. Vous pouvez en retrouver une compilation dans son livre Eurobus – (Edition Intervalles) et des centaines sur son compte Instagram (@euro_bus). Une quête perpétuelle qui met en lumière un ordinaire qui se fond dans notre paysage quotidien et que l’artiste nous invite à réinvestir.

Le contenant plutôt que le contenu

L’attirance pour le contenant plutôt que le contenu n’est pas anodine, à l’image de la boîte à bijou, qui nous séduit parfois plus que la parure qu’elle garde au chaud. Taylor Holland s’est pris d’admiration pour les moulures qui bordent certaines œuvres.

La première partie de ce curieux projet remonte à 2012. Taylor Holland détourne de prestigieux cadres ornés et, par une manipulation numérique, copie colle leur texture à l’intérieur même de ces cadres, remplaçant ainsi les peintures qu’ils protègent au départ.

 

L’artiste va même plus loin. Quelques années plus tard, alors que les processus de fabrication numérique sont en plein essor, il collabore avec Guy Sainthill, expert en restauration et encadrement pour de célèbres institutions, et ensemble, ils donnent vie à ces premières versions, grâce à des moules personnalisés utilisant les outils numériques qui leur permettent de reproduire les moindres détails. A partir d’anciens cadres vierges des 18 et 19ème siècles dont il a ôté le tableau, Taylor Holland explique qu’un algorithme identifie comment le cadre pourrait se remplir de ses propres ornements. L’ultime étape a lieu dans un atelier où l’assemblage donne forme à l’objet final (découvrir quelques visuels sur la page facebook de l’artiste).

Fra[mes] est une collaboration entre l’algorithme, l’artiste et maître artisan, qui non seulement comble le fossé entre les médias numériques et l’artisanat du vieux monde, mais donne à l’ordinateur une main égale dans le processus créatif… Taylor Holland

Flou artistique

Un autre projet fraichement imaginé par Taylor Holland qui ne manque pas d’humour, c’est Cannot Take a Photo. L’artiste se joue ici de la saturation du stockage des appareils iPhone qui agace régulièrement leurs détenteurs. Confronté à ce problème à maintes reprises en voulant photographier son fils durant sa première année, Taylor Holland a sauvegardé les photos floues que lui a exceptionnellement autorisé à enregistrer son iPhone. Chaque image approximative est accompagnée d’une légende, qui, on le suppose, décrit la situation dans laquelle était censée se trouver son fils. Ces moments capturés représentent des souvenirs qui resteront dans le flou, des instants partis en fumés, qui symbolisent notre impuissance face aux faiblesses des technologies.

Si l’artiste vous intéresse, n’hésitez pas à lire l’interview que Renée Caouette a proposé sur le site Arte Fuse.

Credits photo : Taylor Holland